• Et si l’enfance m’était contée… : projections de films et conférence

La conférence s’est tenue le 5 juin à la Sorbonne, à l’amphithéâtre Milnes Edwards. Elle a débuté par un film intitulé : « on va faire comment ? » en présence des réalisateurs Thierry Lagarde et Etienne  Raguenel de l’association ADEC. Le documentaire, réalisé en février 2007 au Cameroun   les a conduit à « rencontrer des élèves, des enseignants et des parents convaincus que l’éducation est un vecteur de développement » malgré « les efforts et les initiatives que déploie la population » qui s’avère fragiles. « Le film interroge un espace de pensée peu sollicité mais riche d’énoncés innovants : celui des élèves, des parents et des enseignants ».

Lynda Tebbani et Ndèye Katy Dieng, présidente de l’association Des Etudiants Africains de la Sorbonne, toutes deux étudiants au Centre International d’Etudes Francophones (CIEF) de la Sorbonne ont par la suite exposé le thème de l’enfance en Afrique à travers la littérature.

1.      L’enfance dans la littérature et le cinéma algérien

2.      L’enfance dans la littérature ouest africaine : de l’idylle au cauchemar.

Il s’agissait de montrer la représentation de l’enfant africain dans la littérature et les changements qui se sont opérés progressivement entre la première et la nouvelle génération d’écrivains et cinéastes ouest africains et maghrébins. Si certains écrivains présentent une enfance idyllique, (une manière pour eux de rendre hommage au patrimoine culturel et éducatif africain), d’autres par contre exposent des thèmes plus noirs : l’enfant soldat, l’enfant esclave, l’enfant violé et maltraité, l’enfant sacrifié. Cela s’inscrit dans la visée même de l’ADEAS : donner une image objective de l’Afrique, de ses atouts, de ses tares.

Après la conférence, le réalisateur Valério Truffa a projeté son film intitulé : qui mettait en évidence un enfant de la rue, un enfant mendiant. Mais l’enfant garde espoir et espère réaliser le vœu de ses proches, même celui de ses ennemis. C’est l’innocence revisitée. Et l’écriture apparaît alors comme le remède pour réaliser ses rêves.

La conférence s’est terminée sur un débat durant lequel le public a pu échanger sur la problématique de l’enfant africain par rapport aux idées véhiculées par la conférence et les films projetés.

Introduction de Lynda Tebbani

     L’enfance dans la littérature et le cinéma algérien. 

     L’enfance, cette première période de la vie humaine et de l’existence, détient en elle le commencement, le début et l’origine. Commencement d’une vie, en ce premier regard naïf qui questionne le monde, début de l’existence dans l’étonnement du jeu et du loisir, la scola, l’école de la vie dans l’apprentissage d’être en vie et origine, apprendre à être en regardant les autres. Etre au monde, être à soi, être un individu, un citoyen….

Comment peut se construire cette enfance, matrice de l’homme en devenir, quand l’enfant doit se transformer, pour survivre, en adulte ?

     L’enfant, issu du latin : infans, est celui qui par définition de ne parle pas. L’enfance est à la fois mythifiée par son rapport direct à l’Eden originel, l’état de grâce d’avant la Faute. L’enfance est innocence. Non criminelle donc, mais elle est, aussi, par cette faiblesse naïve mise en danger, on s’en sert, on l’attaque, on l’a tue, on la souille.

L’enfance africaine est souvent, si ce n’est trop, défini par le drame, le tragique, la famine, la peur, la guerre…L’enfant africain reste alors attaché à une sorte d’épithète homérique : l’enfant de la rue, l’enfant soldat, l’enfant malade, l’enfant sidéen… Nous restera-t-il alors assez d’adjectif pour rappeler qu’il vit, qu’il respire, qu’il est … vivant et par la même, qu’il reste donc avant tout un enfant, rien qu’un enfant, au regard dubitatif et questionnant la folie des adultes.

     L’art, l’acte créatif de représentation du monde, n’a pas hésité à représenter l’enfant. Pour simple exemple, l’image angélique des tous ces tableaux, de tous ces peintres… Mais représenter l’enfant en Afrique, comment peut-on le faire sans user de la thématique propre à la présentation de la guerre. Les écrivains cherchent alors à mettre dans la bouche de ces personnages enfantins, ceux qui ne parlent pas et qui donc n’écrivent pas, des mots/maux d’adultes. L’enfant devient le porte-parole de ces adultes aphasiques devant une réalité aveugle que seul un regard naïf peut rendre dans sa plus cruelle vérité.

Pour se faire, la littérature en usant de ses figures et de ses symboles poétiques sera plus frappante, plus crue. Mais le cinéma, garde lui aussi sa part de cruauté, dans la mise en scène directe et fixe qui impose au regard ce que souvent on oublie de regarder par honte, par hantise, par crainte, par couardise.

Il est évident que travailler sur l’Image de l’Enfance demande de faire la part entre autres clichés et préjugés. Il y a autant de représentations cinématographiques et littéraires qu’il y a d’écrivains et de cinéastes. Cependant l’on peut interroger de manière globale dans ces représentations artistiques différentes les moyens et les usages de l’Enfance. 

      Ma collègue et amie Katy Dieng parlera de l’enfance dans l’Afrique ouest africaine en proposant sa lecture au travers du changement de perception de l’idylle au cauchemar.

Mon étude portera quant à elle essentiellement sur la représentation de l’enfance dans la littérature et le cinéma algérien.

     La littérature algérienne et le cinéma algérien présentent des esthétiques et des moyens différents cependant, nous pouvons nous demander comment tous deux tendent à montrer la même enfance. La même enfance, c’est-à-dire les mêmes moyens, les mêmes usages, les mêmes fonctions. Les mêmes à la fois dans leur différence et dans leur dissemblances.

En effet, cinéma et littérature, cinéma et roman ont lorsque nous les convoquons de multiples différences : l’image, le son, la description, la focalisation, etc. etc. … d’une certaine manière, les présenter ensemble nous mets au devant de leur différence, cependant poser la question de l’Enfance permet de les réunir, des les assembler, dans ce qui apparaît être une problématique simple : Comment l’enfance est-elle utilisée ? Pourquoi ? Et en définitive, à quelle fin ?   

     L’Algérie, il faut le rappeler qui se trouve en Afrique, connait des histoires complexes, des cultures complexes, des sociétés complexes. Complexe, il faut prendre ce mot dans sa polysémie, dans ces différentes acceptations sémantiques : multiple et compliqué. Cette ambivalence sera intéressante pour nous, aujourd’hui, ambivalence qui sera une approche directe de l’Enfance. De l’Enfance complexe, justement.

Traiter, en si peu de temps, de toute l’histoire littéraire et cinématographique algérienne est impossible et impensable. Ce cours exposé se veut prédicatif et informatif. Il a pour ambition de montrer, d’expliquer de manière simple. Le seul intitulé de ma contribution pourrait ouvrir à des centaines de sujet de recherche. 

L’Algérie possède une grande richesse culturelle, notamment au niveau littéraire et cinématographique. La littérature algérienne qu’elle soit francophone, arabophone ou berbérophone est très prolixe, nourrie, riche et connaît à l’égal du cinéma, je dirais, de nombreuses vies, et de multiples péripéties.

Je le disais, voir en détail l’histoire littéraire et cinématographique algérienne n’est pas possible, mais l’on peut cependant relever les périodes, les événements, les ouvrages décisifs qui ont ancrés certaines œuvres dans l’imaginaire et à l’inverse certaines mémoires collectives qui ont ancrés en ces œuvres une postérité.

Pour faire simple et rapide, la littérature et le cinéma algérien quand ils ne sont pas politiques sont sociaux, profondément sociaux, et c’est là, nous le verrons l’intérêt d’un travail sur l’Enfance puisque l’enfant fait partie de la société. Et je dirai même, en est l’un des principaux acteurs. De sa microstructure sociétale, qu’est la famille à la macrostructure sociétale, qu’est la société civile, en partant de l’école, en passant par la rue pour aller plus loin, jusqu’à la nation elle-même, l’enfant s’expose et se figure.

L’Algérie connait deux grandes périodes reprises par la représentation artistique qui ne suit pas directement ou de manière mimétique toutes les périodes de l’histoire contemporaine :

Une première grande période qui partira de la colonisation et de la guerre de libération jusqu’à l’année 88, qui sera l’année de tous les bouleversements, notamment au niveau artistique.

Une seconde période balisée par les violences sociales des années 80 qui déboucheront sur

Les violences armées des années 90.

L’enfance décrite et écrite dans la littérature et le cinéma s’inscrit alors dans ces deux périodes. 

D’Omar le petit garçon de la Bataille d’Alger comme celui de la trilogie Dibienne à Cousine K de Yasmina Khadra, à Lily Belle de Mohamed Dib et au film Tahya ya didou… l’enfant et l’enfance sont omniprésent.  Cependant nous pouvons voir des différences de présentation, de figuration et ainsi d’emploi et d’usage. De personnage l’enfant devient prétexte pour enfin devenir métaphore.

Nous verrons d’une part comment se caractérise l’enfant personnage, d’une autre nous verrons le prétexte de l’enfant pour convoquer la mémoire et l’histoire et enfin, nous verrons que l’enfance qu’elle soit traitée dans le cinéma ou dans la littérature est avant tout métaphore et allégorie d’espoir et surtout de l’Algérie même. 

Commençons donc, ce retour, en enfance… 
 

                                                Lynda-Nawel TEBBANI